Esmeralda

Vendredi dernier, j’ai fait la rencontre d’une fille. Non,n’y voyez rien de sentimental ou de charnel, c’était une simple rencontre due au hasard pour le commun des mortels, mais pour moi, avec le recul, il n’y avait pas de hasard.

je vais vous raconter une scène de ma vie, c’est peut être un détail insignifiant pour vous, mais pour moi ca veut dire beaucoup (ca veut dire qu’il était libre,heureux…… stop on arrête!)

Ce soir-là, j’ai pris la route pour chercher un plat à emporter dans la ville d’à côté (oui, je sais, prendre la voiture pour faire 5 km ce n’est pas très écolo, j’en ai conscience!) une fois mon repas emballé et prêt à partir, j’ai croisé une ancienne collègue et nous avons discuté 5 minutes.

Mon repas chaud en mains et la faim se faisant pressente, je mis fin à cette conversation et pris donc ma voiture pour rentrer chez moi et dîner avec ma femme. Sur mon trajet, mon intuition me guidait pour regarder sur le côté droit une voiture à priori garée. Je ressentais comme une attirance comme si je devais regarder de plus près, mais j’avais déjà dépassé cette voiture.

Le sentiment oppressant que je devais aller voir cette voiture devint insupportable . Je fis donc demi-tour.Je me garais donc à proximité de la voiture pour l’observer.Elle avait escaladé le trottoir pour s’arrêter devant un panneau de signalisation. En regardant plus attentivement,je vis que la voiture avait un pneu arraché et la roue avant droite était perpendiculaire à la roue avant gauche.Le choc a dû être violent, mais personne n’était dans l’habitacle et le véhicule ne dérangeait pas à cet emplacement. La sensation de devoir faire quelque chose était présente, mais je ne voyais rien à faire, je pris donc la décision de rentrer chez moi.

C’est un peu plus loin sur ma gauche que j’ai aperçu cette femme titubant sur le côté de la route, se mettant en danger. Les voitures la dépassait et certaines klaxonnaient à son encontre. Moi, j’ai immédiatement ressenti un sentiment de détresse venant de sa part. Ouvrant la fenêtre, je l’interpellais:

« –Madame, je crois que vous avez besoin d’aide. Vous voulez que je vous dépose quelque part?

« –Oui, je veux bien monsieur, c’est gentil merci! »

Elle s’approcha alors de ma voiture et ouvrit la porte du côté passager avec une posture qui trahissait son état d’ivresse et vint ensuite s’asseoir à côté de moi.

Une fois attaché, je lui demandais:

-« je vous dépose chez vous madame, vous habitez ou? »

Elle me donna le nom de son village qui est situé à 15 km de la ville ou nous étions, et ajouta:

-« mais je ne veux pas rentrer chez moi j’aimerais encore boire un coup!

Je pense que ce n’est pas raisonnable madame, c’est bien votre voiture qui est accidentée un peu plus bas?

oui,elle ne veut plus démarré je comprends pas!

c’est normal madame, qu’elle ne démarre plus vu le choc qu’elle a subit, de toute façon, elle n’est pourra plus rouler avant réparation! je crois que vous êtes alcoolisé, je pense qu’il serait plus sage que je vous dépose chez vous. Je ne vous laisserais pas seul dans un bar. Il serait plus raisonnable que vous vous posiez chez vous. Vous pourrez vous servir un verre installé sur votre canapé et demain vous repartirez du bon pied. »

Elle se mit alors à pleurer:

j’ai passé une soirée de merde, mon mec m’a largué et je n’ai rien a boire chez moi, déposez-moi dans un bar svp, j’ai envie de boire, j’ai envie d’oublier (et inconsciemment elle avait envie de se faire du mal)!

Voyant que je n’avais aucune chance de la raisonner je fis un deal avec elle:

« –Je vous propose autre chose, on s’arrête chez moi, je prends une bière et je vous l’offre. Vous pourrez alors la boire tranquillement au chaud sur votre canapé qu’en dite vous? »

Mais, vous ne me connaissez même pas monsieur, pourquoi vous feriez ça?

franchement madame, vous offrir une bière à 1.50 euro ne me dérange pas, je veux juste vous ramenez chez vous en sécurité! je vous demanderais juste d’attendre dans la voiture, mes enfants dorment et je préviendrais ma femme que je vous raccompagne!

Mais en plus vous êtes marié et êtes père, j’ai honte, je ne veux pas vous déranger!

Ne vous inquiétez pas madame, vous ne me dérangez pas, rendre service et aider les personnes dans le besoin ne me dérangera jamais. »

En arrivant à ma maison je dis à cette femme de rester la que je revenais dans une minute.J’entrais chez moi déposer le plat chaud et fumant sur la table et expliqua à ma femme la situation, elle me connaît et comprenait bien ma démarche. Je pris une bière et retournai à ma voiture.

En prenant la route de son domicile (trajet d’un quart d’heure) je fis plus ample connaissance avec cette femme qui me dit son prénom et son âge.Elle s’appelait Esmeralda, et avait 35 ans.

Esmeralda était dans un état de choc dû à son accident, mais aussi en burn-out, elle m’apprit que le fait de s’être fait larguer n’est que le déclencheur de sa douleur et de son alcoolisation excessive. À la maison, elle a une charge morale énorme.Elle doit s’occuper de sa mère, elle a perdu son père récemment après s’être occupée de lui dans sa maladie toute seule , ses frères étant aux abonnés absents.

Elle me dit :

« j’ai honte,je suis désolée d’être dans cet état devant vous, vous sortez d’ou, je ne vous connais même pas et moi je vous raconte ma vie!

Je ne vous juge pas madame, tout le monde fait des erreurs, personne n’est parfait, moi même je suis un être imparfait, ne vous en voulez pas. Ce soir vous avez besoin de quelqu’un qui s’occupe de vous, et ce soir quelqu’un s’occupe de vous!

mais, pourquoi faire cela? Vous ne me connaissez même pas, vous faites des kilomètres pour me déposer et vous ne demandez rien, tenez j’ai vingt euros pour le trajet!

Non madame, je refuse, je ne veux pas d’argent. Je fais cela par ce que je suis humain, et par ce que c’est ce que je dois faire. Le monde gagnerait tant si l’homme arrêtait d’être égoïste et apprendrait à s’entraider plutôt que d’enfoncer l’autre ou de le laisser se perdre. »

Elle se mit à pleurer à grosses larmes. Le genre de détresse qui ébranle tout être humain. Je dus me contenir, pour ne pas pleurer avec elle.

« –Mon père me manque tellement, il ne me reste que ma mère, le jour où elle part je pars avec elle!

c’est l’ordre des choses Esmeralda, la vie est faite ainsi. Nos parents sont censés partir avant nous, nous devons vivre avec cela et apprendre, la vie est un apprentissage. Il peut être difficile, il peut faire pleurer,il peut faire mal mais toujours il nous fait grandir! Partir avec votre mère n’est pas dans l’ordre des choses, vous avez tan de choses à faire et à voir ici ne dites pas de bêtises!

Je m’en veux tellement, j’aimerais tant être meilleur, je suis bonne à rien, je suis au chômage, je dois m’occuper de ma mère et je n’arrive à rien!

Ne dites pas cela, ne vous jugez pas aussi durement, vous vous mentez,vous vous faites du mal ! vous recherchez quoi comme emploi?

Je travail sur des machines numériques en usines quand je ne suis pas au chômage!

Eh ben vous voyez, vous n’êtes pas bonne à rien. Connaissez-vous beaucoup de personnes capables de faire votre travail et qui ont les mêmes connaissances professionnelles que vous? Personnellement moi j’en suis incapable!

Prenez à droite, nous sommes arrivés » me dit-elle.

Après m’être garé, je lui demandais si elle avait besoin d’aide pour rentrer chez elle.

non, j’habite chez ma mère et je ne veux pas la déranger. Elle doit être au lit ! »

Puis, elle ouvrit la porte après s’être détachée. Mes mains avaient envie de se placer sur ses épaules, sensation assez étrange, comme si elles étaient guidées. Je les laissais se déposer sur ses épaules elle me regarda:

Esmeralda, vous êtes quelqu’un de bien, ne vous faites plus de mal, vous méritez d’être heureuse! »

Je ne sais pas pourquoi j’ai dit cela, c’est sorti tout seul. Je me souviendrais toute ma vie de son visage éclairé par le plafonnier. Je ne l’avais pas vu avant ce moment. Il était si expressif, si intense! un peintre aurait fait une oeuvre d’art en peignant ce visage.

vous permettez que je vous fasse les bises? » me dit-elle

– mais bien sûr Esmeralda! »

Elle sortit de la voiture puis me dit:

je ne sais pas comment vous remercier, merci beaucoup. Vous m’avez fait voir la lumière. Je n’ai pas besoin de votre bière, je vais simplement aller me coucher! Vous êtes un homme bon, que dieu prenne soin de vous vous le méritez vraiment, si tout le monde était comme vous le monde serait plus grand! »

Puis elle claqua la porte et rentra chez elle!

Les derniers mots de sa part n’ont pas flatté mon ego, mais on embellit mon âme et mon être. C’est assez indescriptible comme sentiment, je me rends compte qu’avec elle, je n’ai pas une fois été dans le paraître. J’ai été cette personne qui se cache encore trop souvent au fond de moi et cette personne est belle, cette personne est grande, et cette personne c’est celle que je suis sans mes masques.

J’avais envie de lui dire que si Dieu existe, qu’il s’occupe d’elle en priorité, elle en a plus besoin que moi!

Quand les masques tombent,on retrouve le véritable sens de nos êtres. Le monde prend alors une autre couleur, ou plutôt les couleurs sont plus prononcées. Le blanc, le beau devient alors éclatant et nous éblouis par sa beauté. Mais le noir, le mauvais, devient lui aussi plus intense, on l’aperçoit assez facilement chez l’autre.La palette de couleur apparaît plus séquencée, plus vive quand on regarde avec l’œil de l’être et non celui de l’ego (ou du sur moi/paraître)

Sur le trajet du retour, j’ai cru voir une plume blanche tomber du ciel. J’avais fait quelque chose de bon j’étais fier. Avec un peu de recul, je me dis qu’Esmeralda aurait pu se mettre en danger si je n’avais pas été la (elle avait 15 km a faire a pied et n’arrivais pas a mettre un pied devant l’autre). Elle aurait pu tomber dans un ravin, se faire heurter par une voiture, se faire embarquer par un homme malveillant ( elle est entrée très facilement dans ma voiture, elle aurait fait de même avec n’importe qui).Et puis, je repense à cette rencontre avec mon ancienne collègue qui m’a fait perdre du temps. Cela m’a permis d’aider Esmeralda,en arrivant peu de temps après son accident. Je repense aussi à ces sensations lorsque j’ai vu sa voiture, lorsque je l’ai vu elle, lorsque j’ai mis mes mains sur ses épaules! J’ai du mal à croire à un hasard, c’est un peu comme si nos chemins devaient se croiser, comme si je devais l’aider! Mais si je l’ai aidé elle, elle me l’a rendu car elle m’a montré  ce qui brille au fond de moi. Nous avons tous les deux tiré parti l’un de l’autre.

En rentrant chez moi ce soir-là , j’étais heureux d’avoir aidé quelqu’un en détresse. Mon repas était froid et pas vraiment bon une fois réchauffé. Mais était-ce si important?

Ce qui c’est passé dans cet épisode de ma vie n’est peut être rien qu’une rencontre du au hasard pour vous, rien qu’un événement banal pour certains, mais moi il m’a fait prendre conscience de qui je suis au fond de moi. J’aurais pu la laisser se débrouiller par elle même pour rentrer chez elle.J’aurais pu la déposer dans un bar, et la laisser à son triste sort. j’aurais pu faire semblant de ne pas la voir comme toutes ses autres voitures qui sont passé à coté d’elle avant moi! Mais je m’en serais voulu, j’aurais eu honte de moi. En aidant Esmeralda, j’ai fait ce que je devais faire. Ce que j’ai fait c’est humain c’est comme cela que je vois la vie,l’amour de l’autre et ce n’est rien qui mérite récompense!

 

Merci, Esmeralda, tu ne me verras sans doute plus jamais (et si c’est le cas t’en souviendras-tu?) Je te souhaite d’être heureuse!

 

Steve Berna le 11/04/2019 tous droits réservés

Mes écrits m’appartiennent, si j’écris c’est pour partager mes pensées. Pour le respect de mon travail, merci de ne pas faire de copie de ce texte sans citer la source ou sans transférer le lien vers mon blog.

N’hésitez pas à vous abonner pour avoir mes nouveaux articles dans votre boite mail!

Ce site est entièrement gratuit. Pour vous assurer une navigation sans publicité, j’ai souscris un abonnement payant sur WordPress.

Le travail d’écriture pour ce site et l’entretien de celui-ci est très chronophage . Si vous aimez mes écrits, si vous souhaitez m’encourager et m’aider à garder ce site sans publicité vous pouvez faire un don ici:

https://www.paypal.me/penseespourdemain

6 réflexions sur “Esmeralda

    • Merci du compliment!
      J’ai d’abord hésité à publier ce texte, j’avais peur de me mettre en avant, ce qui n’était absolument pas le but (dans le sens où je ne suis meilleur que personne, je ne suis qu’un homme ) et surtout je n’ai absolument pas le sentiment d’avoir fait quelque chose de dingue, j’ai fait une chose normale et banale à mes yeux.
      Ici, je voulais juste mettre en lumière un événement qui m’a touché, une situation ou j’ai ressenti que j’étais à ma place, un moment suspendu.
      Ton commentaire me va droit au cœur, mais en même temps m’attriste.
      Quand tu dis :  » Il reste encore des gens de ton acabit » moi je lis: tu as fait quelque chose de bien qui sort de l’ordinaire et je comprends: l’Homme est un égoïste!
      Dans un monde parfait, ce que j’ai fait est une action banale. Ce texte n’aurait pas eu lieu d’être publié, les seuls commentaires qui tapisseraient le bas de page seraient: on s’en fiche de ta vie, tout le monde fait ça !
      Malheureusement, il n’y a aucun commentaire qui va en ce sens!

      merci à toi pour ton commentaire!

      J'aime

      • En effet, ces actes sont devenus tellement rares dans notre société consumériste, individualiste gangréné par l’appât du gain, ou les intentions peu louables que cela revêt presque de l’acte héroïque. T’es un superman. 🙏. Et je fais partie de la même team 👍🙌

        J'aime

  1. Superbe. L’exemple même de situation où on est exactement là où on doit être et qui nous fait ressentir les liens qui nous unis à l’Humanité. Je pense que vous avez dû vous sentir connecté à votre être, c’est ça agir avec le cœur, sans barrière. Bravo car tout le monde ne l’aurait pas fait, je pense qu’on peut aussi s’entrainer à cela…Esmeralda s’en souviendra comme un ange tombé du ciel, et cela lui redonne de l’espoir en la vie, j’en suis sûre !

    Aimé par 2 personnes

    • Merci pour votre commentaire.
      Oui, je me suis senti totalement connecté à mon être, c’était assez dingue comme sensation . Et, le sentiment le soir en entrant chez moi, dans mon lit je marchais sur l’eau je me sentais si grand, si beau, si pure !
      Vu l’état d’alcoolisation d’Esméralda, si elle a gardé un souvenir, il doit effectivement être très flou. Peut-être, me revoit-elle dans ses pensées avec une aura ou comme un ange. Si cela lui sert à avancer et grandir, cela me va (c’est sa vision à elle, moi je sais que je ne suis qu’un homme!). Ce qu’elle ne saura jamais, c’est qu’elle aussi m’a fait grandir, elle m’a apporté autant que ce que j’ai pu lui donner et peux être même plus!

      Aimé par 1 personne

      • C’est vrai que la bonne action devient un cercle vertueux. C’est pour cela que je crois encore qu’un monde meilleur est possible. Bien agir rend heureux donc c’est une motivation suffisante pour faire basculer dans le bon sens nos semblables…et à continuer tout héroïsme de l’ombre 😉

        J'aime

Répondre à Less is More Annuler la réponse.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s